L’histoire

L'histoire de la Cathédrale de Boulogne sur Mer

Des écrivains parlent de la cathédrale de Boulogne-sur-Mer

Victor Hugo : « L’entrée ou pour mieux dire, la descente à Boulogne est admirable. On laisse à gauche une vieille forteresse dont les tours qui avaient une couronne de créneaux, n’ont plus qu’une couronne d’arbres. C’est encore fort beau. Il est fâcheux cependant que les architectes de l’endroit bâtissent là, sur ces vieux arbres et sur ces vieille tours, je ne sais quoi de bête et de hideux qui a des colonnes »

Le chantier de la cathédrale avait débuté par la rotonde que prolonge la chapelle de la Vierge. Les finances aidant, il fut décidé d’adjoindre au plan centré, une seconde partie en croix latine. D’où la particularité d’une église double, juxtaposant deux parties distinctes selon la formule dont St Louis des Invalides est un des rares exemples. Le Dôme superpose avec audace, la coupole et son lanternon. La grande nef aligne une série de colonnes corinthiennes élancées. Elle est longue de 80 m et représente les trois église : l’église souffrante avec la crypte, l’église militante avec la nef et l’église triomphante avec le dôme et la voûte.

(Photo Victor Hugo extrait du spectacle)

Un peu plus tard, Victor Hugo découvrit l’architecte en question. D’architecture il n’en avait qu’une vague connaissance le jeune Abbé Haffreingue qui entreprit de restaurer la cathédrale détruite à la révolution française. Mais il avait un but : rétablir le siège épiscopal et restaurer les pèlerinages en l’honneur de la Vierge nautonière… Victor Hugo fut émerveillé par son projet, il lui ouvrit sa bourse.

(Photo Abbé Haffreingue extrait du spectacle)

Peu de temps auparavant, Honoré de Balzac avait écrit à l’Abbé : « Monsieur l’Abbé, je suis un écrivain pauvre et quand j’aurais mis phrases sur phrases, peut-être ne serai-je qu’un pauvre écrivain, tandis que vous, en mettant pierre sur pierre, à part le mérite d’art qui sera dans votre église, vous êtes fier d’être un sublime architecte. La foi religieuse est toujours grande dans ses œuvres et rien n’est certain dans ce que fait la littérature, mais il nous reste une chance à nous autres, gens de lettres, c’est de nous associer par la pensée à votre belle oeuvre, inouïe dans une époque comme la nôtre »

Les dates importantes

An 636

Cela se passa après une nuit de forte tempête, en l’an 636. Sur la plage de Boulogne, les vagues se calmaient quand apparut une barque étrangement illuminée. Elle s’échoua sur le sable humide. A son bord, personne, sauf une statue de la Vierge Marie portant l’enfant Jésus sur le bras gauche. Les croyants crièrent au miracle, les sceptiques, à l’échouage d’un navire transportant des objets pieux. Cependant, saisis de crainte et de ferveur, les villageois transportèrent cette étrange statue dans une petite chapelle qu’ils construisirent en haute ville, à l’emplacement d’un temple romain.

Ce temple romain faisait partie d’un camp situé dans l’ancienne ville appelée Bononia. C’était un port militaire et commercial de liaison avec L’Angleterre à partir du 1ersiècle de notre ère. L’enceinte fortifiée était occupée par les casernements, les bâtiments aux murs de torchis sur soubassement de moellons, mesuraient près de 50 m de long. Ils comportaient un logement d’officier et plusieurs pièces et dix chambrées de soldats, qui s’ouvrent sur une galerie de façade. Cette caserne, édifiée vraisemblablement au cours du règne de Trajan (98-117) a été mise à jour par les archéologues dans les salles du transept nord de la crypte de la cathédrale de Boulogne. La crypte, construite au XIXè siècle, est la plus grande du nord de l’Europe. Sa restauration permet d’incroyables découvertes, elle sera ouverte au public fin 2014.

En 1090

En 1090, la Comtesse Ide de Lorraine, s’attacha à remplacer la chapelle par une magnifique église dont la construction allait durer 200 ans. Ses trois fils : Eustache III Comte de Boulogne, Godefroy de Bouillon et Baudouin, participèrent à la première Croisade que les représentants de la famille comtale de Boulogne purent coordonner à la demande du Pape Urbain II. Au retour de la croisade, Eustache se prosterna devant sa mère « Vous ma mère, qui avez construit cette église pour Notre Dame de Boulogne, voici des présents que vos fils Godefroy, Beaudouin et moi-même ainsi que tant d’habitants de Boulogne, avons repris aux infidèles dans la ville sainte de Jérusalem. Voici donc les reliques de la sainte Croix, du Saint Sang et du tombeau du Christ, ainsi qu’une couronne d’Or pour Marie »

La comtesse Ide, canonisée par la suite, lui répondit « Merci mon fils, je suis si fière des paroles que ton frère Godefroy a prononcé à Jérusalem quand on a voulu le faire Roi car il a dit « Je ne veux pas porter une couronne d’Or, là où Jésus a porté une couronne d’épines »

En 1567

Erigée en cathédrale en 1567, Notre Dame de Boulogne attire de nombreux pèlerinages dont ceux de 23 des 26 Rois de France, de 8 Rois d’Angleterre et de millions de pèlerins venant de l’Europe entière. Ce fut le premier centre marial de France (la ville de Boulogne sur Seine pris ce nom pour éviter à certains souverains un long déplacement vers le port de Boulogne !) Les Rois offrirent des « cœurs d’Or » à Marie. En 1478, Louis XI prêta serment qui engagea tous ses successeurs, consacrant à jamais le Royaume de France à La Vierge Marie. Boulogne devint le 2è lieu de pèlerinage de France (après le Puy en Velay)

Les guerres et les invasions, entraînèrent de grande souffrance pour le peuple boulonnais. La statue de Marie fut volée, retrouvée, soumise à des marchandages. Elle était devenue extrêmement importante pour ce peuple de marins, faisant partie de leur vie et de leur histoire.

Evidemment toute cette animation autour de la cathédrale, était excellente pour le commerce de la ville portuaire !

1789 - 1853

Mais la révolution française survint et la cathédrale fut fermée et disloquée, tous les objets du culte, éparpillés et détruits dont la statue de la Vierge que les habitants épouvantés virent disparaître dans un grand bucher. C’était l’âme de leur ville que l’on brûlait ! Plus de cathédrale, plus de statue de Marie…

Puis la paix revint et arriva le jeune Abbé Haffreingue qui se promenant un jour sur les ruines de la cathédrale, prit la décision insensée de la reconstruire. Il n’avait aucune connaissance en architecture, il n’avait pas un sou… mais il avait la Foi ! Il était impossible pour lui, que la piété née autour de Notre Dame de Boulogne, disparaisse dans ces ruines. Son père lui acheta le terrain et les restes de pierres… et peu à peu, grâce à son acharnement, à sa pugnacité et à sa douce innocence sur la bonne volonté et la générosité des uns et des autres, la cathédrale grimpa vers le ciel de Boulogne, avec son dôme de 103m de haut : il fallait que les marins la voient de la haute mer !

L’enthousiasme d’une seule personne peut soulever des montagnes ! L’Abbé Haffreingue eut cette force ancrée dans une immense modestie. Il sut mobiliser tous les talents pour la construction et la décoration de l’édifice. Mais il lui manquait définitivement le plus important : la statue de Marie !

C’est alors qu’un jour, un homme : Mr Cazin de Caumartin, vint le trouver, portant une petit boite contre lui. « Monsieur l’Abbé, voici la main de l’authentique statue de Notre Dame de Boulogne » « C’est impossible » lui répondit l’Abbé, elle a brûlé ». « Je sais, en 1793. Mais à cette époque, j’étais chargé en tant que militaire, de la surveillance du dépôt des objets du culte. Mes soldats m’ont dit qu’on allait la brûler. Je ne pouvais pas faire grand chose, mais je vis la main droite brisée et presque détachée. Je réussis à la récupérer et je l’ai cachée sur moi. Vous avez reconstruit la maison de Dieu, je vous rapporte la main de sa Mère qui vous a aidé dans cette œuvre »

La main fut authentifiée. Elle est placée dans un reliquaire et recueille encore l’adoration de nombreux fidèles

1836

La décoration intérieure : l’abbé Haffreingue avait été reçu en 1836 par le Pape Grégoire XVI et lui avait confié son projet. L’Abbé avait eu l’accord papal alors que les évêques de France étaient hostiles à une telle folie ! Plusieurs éléments décoratifs de la cathédrale témoignent donc de l’influence italienne. Comme le majestueux autel offert par le Prince Torlonia et réalisé dans les ateliers du Vatican en marbre de Carrare, albâtre et bronze doré. Ses mozaïques figuratives sont faites de 146 espèces de pierres fines.

1853

En 1853, l’Empereur Napoléon III accompagné de l’Impératrice Eugénie, vint visiter le chantier qui semblait devoir s’éterniser. Il s’inquiéta : « Monsieur l’Abbé, votre cathédrale est bien avancée, mais où trouverez-vous l’argent pour la finir ? « Majesté, la foi qui soulève les montagnes peut aussi bâtir les cathédrales ! » Emu, l’Empereur détacha sa propre Légion d’Honneur et l’épingla sur la modeste soutane. L’Abbé resta humble et prit soin plus tard d’inscrire en grand, au dessus du portail central du chœur «  Ceci est l’œuvre du Seigneur ».

Et de 1827 à 1870, l’Abbé Haffreingue réussit à la construire sa cathédrale, aidé par des dons venus de toute l’Europe et une main d’œuvre locale enthousiasmée.

1858 à 1865

L’une des rares démarches décoratives fut pour l’Abbé Haffreingue la commande à l’artiste, Charles Soulacroix, de 6 fresques peintes sous le dôme et représentant la vie de la Vierge Marie. Elles furent réalisées de 1858 à 1865.

Les 6 fresques, actuellement très dégradées, font l’objet d’un grand projet de rénovation ( cf annexe du dossier)

1912

La silhouette de Notre Dame de Boulogne est assez singulière et ses particularités architecturales relèvent de méthodes approximatives d’un constructeur amateur. Le monument en est assez fragile. Une structure en béton armé fut nécessaire en 1912 après l’effondrement des voûtes de la nef, mais cela a sans doute permis que l’édifice tienne lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

1939 - 1945

Cette construction invraisemblable de la cathédrale ne put laisser personne indifférent. Par conviction religieuse et aussi sans doute par curiosité, on s’y précipita et en ce XIXè, l’édifice religieux redevint le 1er lieu de pèlerinage de France.

Durant la seconde guerre mondiale, la ville de Boulogne subit plus de 450 raids aériens, devenant un tas de pierres. La cathédrale fut éventrée mais elle resta debout ! La main de Marie avait été mise à l’abri.

En 1948, eut lieu un immense pèlerinage dans toute la France, le pèlerinage du Grand retour, et Marie revint en sa ville de Boulogne, blanche silhouette tirée sur une barque, elle avait parcouru de 1943 à 1948, 20 000 paroisses et 120 000 kms. Près de 200 000 personnes vinrent à Boulogne pour ce pèlerinage extraordinaire.

2006 - 2015

En 2006, la cathédrale eut son chemin de croix remis à neuf, en 2007, elle entendit de nouveau ses 8 cloches sans craindre de les recevoir sur la tête.

La crypte a ouvert de nouveau ses portes en 2015 au public en dévoilant un merveilleux dédale décoré de scènes bibliques et religieuses…

Aujourd’hui, le dôme de la cathédrale s’échappe toujours vers le ciel, point de repère des navires et des habitants. Les pèlerinages à Marie se poursuivent surtout fin août : la Vierge nautonière est transportée en haute mer où l’évêque bénit cette mer qui engloutit nombre de marins, puis, accompagnée par le peuple de Boulogne, elle est transportée de la basse ville à la haute ville, jusqu’à sa cathédrale.

Symbole de la puissance culturelle et économique du boulonnais au XIXè siècle, la cathédrale fut un moyen pour toute une société d’exprimer son besoin de reconnaissance au sein d’une France en pleine mutation et d’affirmer sa puissance économique et culturelle.

Mais la cathédrale est beaucoup plus qu’un vaisseau de pierre religieux, elle est l’âme de Boulogne.

De nombreux boulonnais l’ont bien compris. Croyants ou passionnés d’histoire et de préservation du patrimoine de leur ville, ils ne peuvent rester sans rien faire face aux travaux urgents pour maintenir la beauté d’un lieu aimé mais aussi parfois mal connu, surtout par les touristes qui visitent en nombre la ville portuaire.

La passion renforçant les liens, c’est l’Association cathédrale qui en est aujourd’hui, avec l’aide de nombreux partenaires, la restauratrice un peu folle, héritière d’un jeune prêtre bâtisseur de génie, qui osa… et réussit !

Association Notre Dame

2, Parvis Notre Dame
62200 Boulogne sur mer
Tel. Président : 06.33.48.52.71
Secrétaire : 06.23.85.85.78

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